C'est lors de leur récent passage à la Réunion que . Marmouget président de la FFB et M. Morin Président du Comité de Bridge de l' Outre-Mer et de l'Etranger ont accepté de répondre aux questions parfois très directes que nous leur avons posées ; nous les en remercions.

Présentation, Réunion la première, les joueurs en direct, perte de vitesse, l'enfant terrible, solidarité, s'envoler pour Paris , l'international ,le fossé, le coef 2, l'ile intense.

 

M. Morin :En tant que joueur : Initiation familiale au bridge plafond à 10 ans (1948). licencié F.F.B. en 1961 - niveau 1- série Pique depuis 1980.

En tant qu'organisateur : 1973 création du club de bridge de Kourou (Guyane) ; 1974 création du comité de bridge de Guyane ; 1977-1984 chargé de mission bridge Outre-Mer au sein de la F.F.B ; 1984 Président fondateur du C.B.O.M.E.  (1984-1986 ; 1994 succède à R. LANGLOIS comme Président du C.B.O.M.E. (2ème mandat ; 1996 Responsable de la Commission de Développement (Actifs) de la F.F.B. Par ailleurs, je suis Arbitre Fédéra et Maître Assistant.

M. Marmouget : J'ai appris le bridge "plafond" en famille très jeune. Mon père était un des fondateurs du club d'AGEN. J'ai repris le bridge Outre-Mer à Abidjan, Bamako et surtout Djibouti où j'étais directeur du Cercle des Cheminots de 1963 à 1971. Nommé à Auxerre, j'ai participé à la création du club actuel en 1972/1973 et j'y ai enseigné le bridge tout en me lançant dans la compétition. Arrivé à Toulouse en 1977, j'ai été élu Secrétaire Général puis, en 1980, Président du Comité des Pyrénées jusqu'en 1989. De 1983 à 1989, j'ai été également Président de la Commission Nationale des Compétitions. Elu vice-président de la FFB en 1989, j'étais chargé des départements arbitrage, classement et compétitions. En Septembre 1995, j'ai été élu Président de la FFB. Par ailleurs, je suis arbitre fédéral et classé 1ère Série Carreau.

M. Morin : C'est entièrement vrai pour M. MARMOUGET et vrai pour moi à 3 exceptions près : les départements d'Amérique. En effet, en poste à Kourou entre 1973 et 1993, je connais non seulement la Guyane mais aussi les deux départements voisins : la Guadeloupe et la Martinique dans lesquelles j'ai fait de fréquents séjours.

Il est vrai que la Réunion est le premier des 31 districts du C.B.O.M.E. dans lequel je me suis rendu pour des raisons uniquement liées au bridge et plus particulièrement liées à l'organisation du bridge. Ce choix s'imposait, d'une part parce que d'évidentes incompréhensions subsistaient depuis la création du C.B.O.M.E. entre la Réunion et le C.B.O.M.E., d'autre part parce que de récents incidents ont eu tendance à faire diverger un peu plus nos positions. Il devenait urgent de venir sur place discuter avec les joueurs et leurs dirigeants. C'est ce que nous avons failli faire, il y a deux ans, avec le Président BEINEIX. Le Président MARMOUGET a maintenu cette visite, malgré un calendrier très chargé, et je lui en sais gré.

M. Marmouget :Le district de la Réunion est le plus important du CBOME. Cela suffisait à motiver ce choix. Je tenais, par ailleurs, à apporter personnellement mon aide au règlement des quelques problèmes qui se posaient aux dirigeants et aux bridgeurs de l'île. J'ai aussi profité de ce voyage pour rendre visite au Président de la Fédération Mauricienne avec lequel nous entretenons d'excellents rapports.

M. Morin : Avec les joueurs dans les clubs, certes, mais aussi avec leurs dirigeants. Les joueurs sont généralement exigeants (ce n'est pas une exception réunionnaise). Les dirigeants, bénévoles, font ce qu'ils peuvent avec les moyens dont ils disposent.

Nous avons soigneusement noté les soucis des uns et des autres, compris beaucoup de choses qu'il était difficile de comprendre à distance, surtout avec une communication défaillante. Nous repartons de la Réunion persuadés que le Président de la F.F.B., le Président du C.B.O.M.E, le Président du district de la Réunion et les Présidents de clubs parleront, désormais, un langage commun qui nous permettra, même en cas de divergence, nous sommes en démocratie, d'au moins nous comprendre.

M. Marmouget : Ces contacts directs m'ont permis de bien appréhender les motivations et les soucis de tous, dirigeants et bridgeurs. Nous avons échangé des idées avec une grande sincérité et un désir d'évacuer définitivement les points de discorde existant entre le bridge réunionnais d'une part, et la FFB et le CBOME d'autre part. Par ailleurs, nous avons pu recenser les besoins du district pour l'amélioration de ses structures, en particulier sur les aspects formation et finances. Des mesures seront prises en commun pour donner un nouvel élan à vos clubs et à votre district

M. Morin : C'est exact, quoique le phénomène se stabilise cette année. Ce phénomène est surtout caractéristique de l'Afrique dont les coopérants sont touchés par de graves problèmes économiques. Ailleurs, c'est la stabilité qui domine. La Réunion est en légère perte de vitesse. Je pense que cela est passager. Trois grands clubs se sont porté volontaires pour participer en septembre à la Semaine Nationale du Bridge (Semaine Portes Ouvertes). Normalement, vous devriez enregistrer, l'an prochain, une nette remontée des effectifs, notamment au niveau des élèves bridgeurs bénéficiant des cours de vos enseignants. Cette année, vous avez 26 bridgeurs en formation, ce qui me paraît encourageant pour l'avenir.¶ Quant aux Championnats du C.B.O.M.E., ce que vous affirmez est très exagéré pour le tournoi par paires et entièrement faux pour le tournoi par quatre, réservé aux membres du C.B.O.M.E. ou aux anciens membres (les anciens membres n'étant pas qualifiables).

M. Marmouget : La réponse de Monsieur MORIN à cette question me parait complète: si certains districts s'étiolent, ce ne devrait pas être le cas à la Réunion qui a tous les atouts pour se développer harmonieusement et qui va y arriver, j'en suis certain.

M. Morin : La Réunion, un peu l'enfant terrible de l'Outre-Mer ! Un peu beaucoup vous voulez dire. Quinze années pour admettre l'existence du C.B.O.M.E., c'est quatorze de plus que pour les 30 autres districts. Ceci dit, j'ai parfaitement compris, en venant ici, pourquoi la Réunion avait réagi différemment. Dans les autres districts, il y a en moyenne 2 clubs souvent très éloignés. L'apparition du C.B.O.M.E. a été immédiatement prise en compte et répercutée financièrement au niveau des joueurs de façon progressive. Rien de tel ne s'est produit à la Réunion, sans doute à cause de la présence de 9 clubs relativement proches géographiquement et qui n'ont pas voulu prendre en compte le fait C.B.O.M.E. voulu par la F.F.B. Résultat, les finances du district ont diminué d'autant, ce qui a rendu le C.B.O.M.E. insupportable aux yeux des dirigeants et des joueurs. D'autant plus que, fidèle à son attitude contestataire, la Réunion n'a pas essayé d'obtenir du C.B.O.M.E. des retours conséquents, notamment dans le domaine de la formation des arbitres et des enseignants, ce qu'ont fait d'autres districts plus pragmatiques.

Dans cette optique le C.B.O.M.E. paraît ne servir à rien alors qu'il suffit de lire son rapport annuel d'activité pour voir qu'il n'en est rien ;

M. Marmouget : Les bridgeurs réunionnais n'ont pas réalisé l'importance de la création du CBOME. Cet organisme, mis à la disposition des bridgeurs d'Outre-Mer, réalise un énorme travail et aurait pu être d'une aide considérable à votre district si celui-ci l'avait davantage sollicité, en particulier dans les domaines de la formation des arbitres et enseignants et de celle des formateurs. Les bridgeurs réunionnais n'ont pas réalisé l'importance de la création du CBOME. Cet organisme, mis à la disposition des bridgeurs d'Outre-Mer, réalise un énorme travail et aurait pu être d'une aide considérable à votre district si celui-ci l'avait davantage sollicité, en particulier dans les domaines de la formation des arbitres et enseignants et de celle des formateurs

M. Morin : C'est plutôt au Président MARMOUGET de répondre à cette question. En plus des aides normalement consenties aux 28 comités hexagonaux, la F.F.B. contribue pour une part significative à l'aide aux déplacements des joueurs sélectionnés pour les Finales Nationales, met gratuitement un bureau à la disposition du C.B.O.M.E., et met aussi gratuitement les salles de jeux de la F.F.B. pendant 10 jours, au mois d'août, à la disposition des joueurs du C.B.O.M.E.¶ Je sais que certains pensent que la F.F.B. devrait faire plus. I1 ne faut pas oublier que plus de 99% des ressources de la F.F.B. proviennent des joueurs licenciés. Faire financer un effort particulier pour l'Outre-Mer, par les joueurs hexagonaux, paraît difficile dans la mesure où ils peuvent légitimement objecter que d'éloignement géographique est déjà pris assez largement en compte au niveau des salaires.

M. Marmouget : La FFB accorde une aide importante au CBOME, beaucoup plus importante que celle octroyée aux Comités de métropole. Citons, pour mémoire, et de façon non limitative: mise à disposition de bureaux, de locaux pour les réunions et les championnats, subvention pour les voyages des joueurs participant aux finales nationales, assistance des services techniques de la FFB, Université du Bridge pour la formation des enseignants et arbitres, informatique, etc. Nous continuerons bien évidemment cette politique d'aide spécifique et je serai très attentif à cet objectif.

M. Morin : La F.F.B. accepte en finale nationale par paires, comme pour les autres comités de taille semblable, généralement deux paires par épreuve (Excellence, Honneur, Promotion, Mixte, Dame). En fait pour le Mixte c'est 3. Depuis l'an dernier, j'ai obtenu une qualification d'une équipe de quatre pour la finale nationale Excellence par quatre. La Côte d'Ivoire a été la première à en profiter. Depuis quinze ans, se déroulent au mois d'août à Paris les Championnats par paires et par quatre du C.B.O.M.E. qui sont récompensés en PE et PP comme une finale de Ligue (la Ligue regroupe plusieurs comités). De plus, nous avons décidé en Assemblée Générale du C.B.O.M.E. que ces Championnats seraient qualificatifs pour la finale nationale Excellence par paires, Honneur par paires et Excellence par quatre. Pour les autres épreuves, la sélection se fait sur présentation de candidats par les districts, généralement les premiers de l'épreuve locale correspondante, ce qui suppose que l'épreuve a eu lieu localement au moment du choix (ce qui n'est pas toujours le cas). La sélection se fait en fonction de critères généralement débattus en Assemblée Générale du C.B.O.M.E.

M. Marmouget : J'avoue n'avoir pas d'idée particulière sur les modalités de sélection. Le Bureau Exécutif de la FFB a toujours examiné avec bienveillance les demandes du CBOME, comme le prouve l'octroi récent d'une place en finale nationale du 4 Excellence et les subventions que nous accordons pour les voyages.

B.R. : Que pensez-vous de la présence de la Réunion dans les compétitions internationales ? Est-il possible qu'une aide soit apportée à nos joueurs de compétition et sous quelle forme?

Morin :Pour avoir, un des premiers, inscrits la Guyane dans la 5ème zone mondiale dite Centre Amérique Caraïbes et avoir pratiqué la compétition dans cette zone pendant près de vingt ans, je ne peux qu'être très favorable à cette orientation qui me semble d'ailleurs être un fait irréversible. Grâce à la. position de la F.F.B. et à l'acceptation des nations membres de la WBF qui, après tout, pourraient refuser d'entrer en compétition avec des territoires dépendant de la France, au seul motif qu'ils ne sont pas indépendants, mon impression est que ces nations sont particulièrement ravies de jouer avec des Français, vecteurs d'une méthode de bridge qui a fait ses preuves au plus haut niveau mondial. Même lorsque la Guadeloupe s'est retrouvée au Chili en finale de la Bermuda Bowl, aucun des pays n'a élevé le moindre murmure de protestation, tant les Français et leur bridge sont appréciés dans le monde entier . Ceci étant dit, l'aide matérielle est à peu près impossible à envisager. Au sein de la F.F.B., il n'est pas question de demander aux joueurs de bases de subventionner 6 districts privilégiés d'un seul comité (l'Outre-Mer). Au sein du C.B.O.M.E., il ne s'agit que de 6 districts sur 31 et on voit mal 25 districts en subventionner 6, qui à tort ou à raison, sont suspectés d'être les plus riches, au moins au niveau des ressources moyennes de leurs joueurs.

M. Marmouget : La participation des DOM/TOM dans les épreuves internationales de zone est perçue très favorablement par la FFB. Cependant, il est difficile d'apporter une aide financière à ces épreuves. La FFB ne dispose, pour son budget, que des recettes en provenance de ses membres et ne peut donner plus que ce qu'elle reçoit. La part des sponsors est infime. Les épreuves internationales, où la France participe, sont déjà coûteuses aux dires du bridgeur de club, même si le pourcentage du budget affecté à ce chapitre est, en réalité, très minime. Le Comité Directeur exerce sur nos finances un important contrôle. Ceci étant, j'apprécie énormément le rayonnement que procure à la France et à la FFB la présence d'équipes françaises dans plusieurs zones de la planète

M. Morin : Vous l'avez dit, c'est comme ailleurs. En fait il y a trois classes de joueurs. Ceux qui viennent jouer au bridge dans un club pour se divertir (adeptes de la partie libre, éventuellement d'un tournoi), ceux qui pratiquent régulièrement un bridge de comparaison et se limitent aux tournois de régularité, enfin ceux qui pratiquent le bridge de compétition au niveau local, fédéral, international. Ces trois types de joueurs doivent coexister au sein des clubs sans s'éliminer les uns les autres et ce n'est pas la moindre des tâches des Présidents de club, car il faut veiller à un équilibre constant et juste entre ces trois catégories.

Ceci dit, l'ensemble des joueurs doit accepter de payer les frais fixes inhérents à l'activité des trois catégories. Les frais variables (participation aux tournois fédéraux et aux compétitions internationales) étant à répercuter sur les seuls joueurs concernés.

M. Marmouget : . C'est le problème général de toutes les fédérations sportives ou assimilées qui gèrent des membres dont certains constituent une élite et, par là-même, semblent bénéficier d'avantages importants. II faut bien évidemment gérer cette situation et amener toutes les catégories de pratiquants à vivre ensemble, même si leurs objectifs sont parfois très différents. Ce n'est pas là une des moindres tâches de nos élus et dirigeants. Je tiens à préciser que j'ai toujours prôné le fait d'être à l'écoute de tous et, tout particulièrement, du débutant et du joueur de club, car c'est lui qui a le plus besoin d'être aidé et de sentir que la FFB ne le traite pas comme un adhérent de deuxième zone. Cela fait partie de ma politique personnelle et je n'ai pas l'intention d'en changer.

M. Morin : Le coefficient 2 des points d'expert en tournoi de régularité est un avantage consenti dans le cadre du Règlement Particulier du C.B.O.M.E admis dès sa création par la F.F.B. Ceci a été créé pour les clubs et les districts très isolés qui ne peuvent physiquement pas organiser certaines épreuves fédérales (exemple l'interclubs). Ceci est considéré comme un avantage usurpé par certains Réunionnais. Usurpé, certainement pas. Avantage, oui. mais la Réunion qui appartient au C.B.O.M.E. doit profiter de ses avantages conçus pour d'autres districts, comme elle doit subir ses inconvénients (éventuellement financiers).

M. Marmouget :. Peut-être cette surévaluation est-elle un avantage ? Cela reste à démontrer, car les métropolitains ont beaucoup plus d'occasions d'engranger PE et PP que les joueurs d'Outre Mer. II n'est pas question de revenir sur cette situation qui n'apporte pas de modification conséquente à l'image du Classement National.

B.R. : Une dernière question sur la Réunion, " l'Ile intense " : quel paysage vous a le plus impressionné ?

Morin : L'Ile intense ! Quelle juste appellation. Natif des Hautes Alpes, j'ai été vivement impressionné par les reliefs, notamment par ces vertigineuses tables verticales de 1000 mètres de dénivelé. Le survol du cratère de la Fournaise m'a rappelé le survol lunaire du LEM. Difficile d'avoir en si peu d'espace et de temps des paysages aussi variés, aussi imprévus. Que vos cascades sont belles. C'est sûr, je reviendrai à la Réunion pour un séjour beaucoup plus prolongé.

M. Marmouget : L'île de la Réunion m'a surpris. Pourtant, j'ai parcouru beaucoup de continents et j'ai vécu 20 ans dans des pays d'Outre-Mer. Les paysages que j'ai découverts m'ont enthousiasmé par leur beauté et leur variété. Ancien ingénieur à la Météorologie Nationale, j'ai aussi été étonné par les diversités climatiques importantes que l'on peut trouver sur ce territoire tropical. J'ai aussi aimé les gens qui m'ont paru très accueillants et heureux de leur sort, même si les problèmes du monde moderne, dans leurs aspects financiers ou autres, existent ici comme partout en France et dans le monde. J'espère pouvoir revenir un jour dans ce département pour un séjour touristique et reposant afin de profiter à plein de ses ressources exceptionnelles.

Pour retourner à la présentation